En rapport avec la littérature


Dessins et gravures en rapport avec la littérature

 

La Laitière et le pot au lait illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

 
 


La Laitière et le pot au lait
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

La Laitière et le pot au lait illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
La Laitière et le pot au lait
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
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Perrette, sur sa tête ayant un pot au lait
          Bien posé sur un coussinet,
Prétendait arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue, elle allait à grands pas,
Ayant mis ce jour-là, pour être plus agile,
          Cotillon simple et souliers plats.
          Notre laitière ainsi troussée
          Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait, en employait l'argent;
Achetait un cent d'œufs, faisait triple couvée! :
La chose allait à bien par son soin diligent.
          « Il m'est, disait-elle, facile
D'élever des poulets autour de ma maison;
          Le renard sera bien habile
S'il ne m'en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s'engraisser coûtera peu de son;
Il était, quand je l'eus, de grosseur raisonnable
J'aurai, le revendant, de l'argent bel et bon.
Et qui m'empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau? »
Perrette là-dessus saute aussi, transportée:
Le lait tombe; adieu veau, vache, cochon, couvée.
La dame de ces biens, quittant d'un œil marri
          Sa fortune ainsi répandue,
          Va s'excuser à son mari.
          En grand danger d'être battue.
          Le récit en farce en fut fait;
          On l'appela le Pot au lait.

          Quel esprit ne bat la campagne?
          Qui ne fait châteaux en Espagne?
Picrochole, Pyrrhus, la laitière, enfin tous,
          Autant les sages que les fous.
Chacun songe en veillant; il n'est rien de plus doux:
Une flatteuse erreurs emporte alors nos âmes;
          Tout le bien du monde est à nous,
          Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi;
Je m'écarte, je vais détrôner le Sophi;
          On m'élit roi, mon peuple m'aime;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant:
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même,
          Je suis Gros-Jean comme devant.

Jean de La Fontaine, Fable X, Livre VII.

 

 

La Cigale et la Fourmi illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

 
 


La Cigale et la Fourmi
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

La Cigale et la Fourmi illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
La Cigale et la Fourmi
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
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Le Corbeau et le Renard illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

 
 


Le Corbeau et le Renard
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

Le Corbeau et le Renard illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
Le Corbeau et le Renard
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
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Maître corbeau, sur un arbre perché,
          Tenait en son bec un fromage.
     Maître renard, par l'odeur alléché,
          Lui tint à peu près ce langage :
          « Hé! bonjour, Monsieur du Corbeau,

Que vous êtes joli! que vous me semblez beau!
          Sans mentir, si votre ramage
          Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois. »
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie;
           Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le renard s'en saisit, et dit: « Mon bon Monsieur,
         Apprenez que tout flatteur
     Vit aux dépens de celui qui l'écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »
               Le corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus

Jean de La Fontaine, Fable II, Livre I.

 

 

Les Poissons et le Berger qui joue de la Flûte illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

 
 


Les Poissons et le Berger qui joue de la Flûte
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

Les Poissons et le Berger qui joue de la Flûte illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
Les Poissons et le Berger qui joue de la Flûte
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
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Tircis, qui pour la seule Annette
          Faisait résonner les accords
          D'une voix et d'une musette
          Capables de toucher les morts,
          Chantait un jour le long des bords
          D'une onde arrosant des prairies
Dont Zéphire habitait les campagnes fleuries.
Annette cependant à la ligne pêchait;
          Mais nul poisson ne s'approchait:
          La bergère perdait ses peines.
          Le berger, qui, par ses chansons,
          Eût attiré des inhumaines,
     Crut, et crut mal, attirer des poissons.
Il leur chanta ceci: « Citoyens de cette onde,
Laissez votre Naïade en sa grotte profonde;
Venez voir un objet mille fois plus charmant.
Ne craignez point d'entrer aux prisons de la belle;
          Ce n'est qu'à nous qu'elle est cruelle.
          Vous serez traités doucement;
          On n'en veut point à votre vie :
Un vivier vous attend, plus clair que fin cristal;
Et, quand à quelques-uns l'appât serait fatal,
Mourir des mains d'Annette est un sort que j'envie. » 
Ce discours éloquent ne fit pas grand effet;
L'auditoire était sourd aussi bien que muet:
Tircis eut beau prêcher. Ses paroles miellées
          S'en étant aux vents envolées,
Il tendit un long rets. Voilà les poissons pris;
Voilà les poissons mis aux pieds de la bergère.

O vous, pasteurs d'humains et non pas de brebis,
Rois, qui croyez gagner par raisons les esprits
          D'une multitude étrangère?,
Ce n'est jamais par là que l'on en vient à bout.
          Il y faut une autre manière:
Servez-vous de vos rets; la puissance fait tout.

Jean de La Fontaine, Fable X, Livre X.

 

 

Les Souris et le Chat-huant illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

 
 


Les Souris et le Chat-huant
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

Les Souris et le Chat-huant illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
Les Souris et le Chat-huant
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
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Il ne faut jamais dire aux gens:
« Écoutez un bon mot, oyez une merveille. »
          Savez-vous si les écoutants
En feront une estime à la vôtre pareille?
Voici pourtant un cas qui peut être excepté:
Je le maintiens prodige, et tel que d'une fable
Il a l'air et les traits, encor que véritable.

On abattit un pin pour son antiquité,
Vieux palais d'un hibou, triste et sombre retraite
De l'oiseau qu'Atropos prend pour son interprète.
Dans son tronc caverneux, et miné par le temps,
          Logeaient, entre autres habitants,
Force souris sans pieds, toutes rondes de graisse.
L'oiseau les nourrissait parmi des tas de blé,
Et de son bec avait leur troupeau mutilé.
Cet oiseau raisonnait: il faut qu'on le .confesse.
En son temps, aux souris, le compagnon chassa
Les premières qu'il prit du logis échappées,
Pour y remédier, le drôle estropia
Tout ce qu'il prit ensuite; et leurs jambes coupées
Firent qu'il les mangeait à sa commodité,
          Aujourd'hui l'une, et demain l'autre.
Tout manger à la fois, l'impossibilité
S'y trouvait, joint aussi le soin de sa santé.
Sa prévoyance allait aussi loin que la nôtre:
          Elle allait jusqu'à leur porter
          Vivres et grains pour subsister.
          Puis, qu'un Cartésien s'obstine
A traiter ce hibou de montre et de machine?
          Quel ressort lui pouvait donner
Le conseil de tronquer un peuple mis en mue?
          Si ce n'est pas là raisonner,
          La raison m'est chose inconnue.
          Voyez que d'arguments il fit :
          « Quand ce peuple est pris, il s'enfuit;
Donc il faut le croquer aussitôt qu'on le happe.
Tout, il est impossible. Et puis, pour le besoin
N'en dois-je pas garder? Donc il faut avoir soin
          De le nourrir sans qu'il échappe.
Mais comment? Otons-lui les pieds. ». Or trouvez-moi
Chose par les humains à sa fin mieux conduite?
Quel autre art de penser Aristote et sa suite
          Enseignent-ils par votre foi ?

Jean de La Fontaine, Fable IX, Livre XI.

Ceci n'est point une fable; et la chose, quoique merveilleuse et presque incroyable, est véritablement arrivée. J'ai peut-être porté trop loin la prévoyance de ce hibou; car je ne prétends pas établir dans les bêtes un progrès de raisonnement tel que celui-ci; mais ces exagérations sont permises à la poésie, surtout dans la manière d'écrire dont je me sers.

LA FONTAINE.

 

 

Phébus et Borée illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

 
 


Phébus et Borée
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

Phébus et Borée illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
Phébus et Borée
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
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Borée et le soleil virent un voyageur
          Qui s'était muni par bonheur
Contre le mauvais temps. On entrait dans l'automne,
Quand la précaution aux voyageurs est bonne:
II pleut, le soleil luit, et l'écharpe d'lris
          Rend ceux qui sortent avertis
Qu'en ces mois le manteau leur est fort nécessaire;
Les Latins les nommaient douteux pour cette affaire.
Notre homme s'était donc à la pluie attendu:
Bon manteau bien doublé, bonne étoffe bien forte.
« Celui-ci, dit le vent, prétend avoir pourvu
A tous les accidents; mais il n'a pas prévu
          Que je saurai souffler de sorte
Qu'il n'est bouton qui tienne; il faudra, si je veux,
          Que le manteau s'en aille au diable.
L'ébattement pourrait nous en être agréable:
Vous plaît-il de l'avoir? - Eh bien, gageons nous deux,
          Dit Phébus, sans tant de paroles,
A qui plus tôt aura dégarni les épaules
          Du cavalier que nous voyons.
Commencez: je vous laisse obscurcir mes rayons. »
II n'en fallut pas plus. Notre souffleur à gage
Se gorge de vapeurs, s'enfle comme un ballon,
          Fait un vacarme de démon,
Siffle, souffle, tempête, et brise en son passage
Maint toit qui n'en peut mais, fait périr maint bateau,
          Le tout au sujet d'un manteau.
Le cavalier eut soin d'empêcher que l'orage
          Ne se pût engouffrer dedans;
Cela le préserva. Le vent perdit son temps :
Plus il se tourmentait, plus l'autre tenait ferme;
II eut beau faire agir le collet et les plis.
          Sitôt qu'il fut au bout du terme
          Qu'à la gageure on avait mis,
          Le soleil dissipe la nue,
Récrée et puis pénètre. enfin le cavalier,
          Sous son balandras fait qu'il sue,
          Le contraint de s'en dépouiller:
Encor n'usa-t-il pas de toute sa puissance.

          Plus fait douceur que violence.

Jean de La Fontaine, Fable III, Livre VI.

 

 

Philomèle et Progné illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

 
 


Philomèle et Progné
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine

Philomèle et Progné illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
Philomèle et Progné
illustration Gustave Doré Fable de la Fontaine
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Autrefois Progné l'hirondelle
          De sa demeure s'écarta,
          Et loin des villes s'emporta
Dans un bois où chantait la pauvre Philomèle.
« Ma sœur, lui dit Progné, comment vous portez vous?
Voici tantôt mille ans que l'on ne vous a vue :
Je ne me souviens point que vous soyez venue,
Depuis le temps de Thrace, habiter parmi nous.
          Dites-moi, que pensez-vous faire?
Ne quitterez-vous point ce séjour solitaire?
- Ah! reprit Philomèle, en est-il de plus doux? »
Progné lui repartit: « Eh quoi? cette musique,
          Pour ne chanter qu'aux animaux,
          Tout au plus à quelque rustique?
Le désert est-il fait pour des talents si beaux?
Venez faire aux cités éclater leurs merveilles.
          Aussi bien, en voyant les bois,
Sans cesse il vous souvient que Térée autrefois,
          Parmi des demeures pareilles,
Exerça sa fureur sur vos divins appas.
- Et c'est le souvenir d'un si cruel outrage
Qui fait, reprit sa sœur, que je ne vous suis pas